mardi 29 juillet 2014

Le vin au Québec expliqué aux Français qui arrivent - Partie 3.

Dans les semaines précédentes nous nous sommes efforcés de décrypter la législation québécoise concernant les vins. En effet, la situation y est très différente de la France ou même du reste de l’Europe. C’est d’ailleurs le cas dans toute l’Amérique du Nord, sans doute en héritage de la triste période de la prohibition.

Nous avons commencé par expliquer le monde du commerce de détail, contrôlé par notre cher monopole d’état, la Société des Alcools du Québec (SAQ), avec cet article : Le commerce du vin au Québec expliqué aux Français qui arrivent - Partie 1.

Notre second article portait sur la vente de vin au restaurant, un autre territoire complexe arbitré par la Régie des Alcools, des Courses et des Jeux (RACJ) : Québec : Le vin au restaurant expliqué aux Français qui arrivent - Partie 2.


Cette semaine, nous allons examiner le transport du vin effectué par des particuliers. Cela n’a donc rien à voir avec l’importation commerciale, ce sont les vins que vous rapportez de voyage pour boire ou donner en cadeau à vos amis, pas pour revendre.

Précisons tout d’abord que cet article est fourni à titre informatif et sans aucune garantie; nous déclinons toute responsabilité quant à l’utilisation de ces informations, incluant les liens vers des sites externes : IL EST DE VOTRE RESPONSABILITÉ DE VOUS ASSURER DES PRODUITS OU QUANTITÉS QUE VOUS AVEZ LE DROIT DE TRANSPORTER ET DES MOYENS LÉGAUX DE LE FAIRE EN CONTACTANT LES AUTORITÉS DU CANADA ET DU QUÉBEC.

Les voyageurs

Tout d’abord, les voyageurs doivent avoir l’âge légal minimum pour avoir de l’alcool en leur possession. C’est 18 ans au Québec, en Alberta et au Manitoba mais 19 ans pour les autres provinces canadiennes, alors attention aux escales avant d’arriver au Québec.

Chaque canadien ayant l’âge légal et ayant séjourné plus de 48 h à l’étranger (la règle s’applique aussi aux touristes en visite au Québec semble-t-il, voici ma référence) peut apporter avec lui jusqu’à 1.5 litres de vin – par exemple 2 bouteilles de 750 ml – en franchise de droits et de taxes, donc sans rien payer. La valeur totale des biens en franchise (alcools et autres) ne peut dépasser 800 $. Attention, si vous transportez aussi d’autres boissons alcoolisées (spiritueux, bières…) il faudra payer.

Vous pouvez apporter des boissons alcoolisées en quantité supérieure à la franchise en payant les droits et taxes sur l’excédent, sauf si vous vous rendez au Nunavut ou dans les Territoires du Nord-Ouest. Au Québec la quantité maximale de vins additionnelle est de 9 litres – 12 bouteilles de 750 ml – et vous devrez payer les taxes fédérales et provinciales (taxe d‘accise et taxe spécifique), la majoration de la SAQ, la TPS et la TVQ.

Dans tous les cas il est important de déclarer TOUS les biens et alcools en votre possession (incluant ceux inclus dans la franchise).

Rapporter une cave à vin

Si vous êtes un immigrant, un résident temporaire ou un Canadien ayant séjourné plus d’un an à l’étranger, pas besoin de tout picoler avant de partir, vous pouvez rapatrier votre cave à vin patiemment garnie.

Attention cependant, il faut organiser la procédure à l’avance et respecter des conditions strictes – ce n’est pas un moyen de contourner les lois sur l’importation – et il faudra bien entendu payer droits et taxes à l’arrivée. Notons que la majoration de la SAQ est, dans ce cas, plafonnée à 3 $ par litre de vin.

La limite de quantité varie selon votre situation et la durée de votre séjour, avec un grand maximum de 540 litres. Reportez-vous au site de la SAQ pour les règles et la procédure détaillée.

Les commandes ou importations privées

Il existe aussi des façons de commander des vins qui ne sont normalement pas commercialisés dans le réseau de la SAQ. C’est un sujet qui mérite son propre article, nous y reviendrons prochainement.

À votre santé !

Alain P.

Liens


vendredi 25 juillet 2014

Les vins de Saint-Chinian, de bons rouges du Languedoc

[Mise à jour 18-06-2015] Le mot Languedoc évoque la terre occitane, la région où on parlait la langue d’oc. C’était la langue du Sud de la France, celle des troubadours, à la différence de la langue d’oïl qui allait devenir le français. Le territoire occitan était vaste, mais le Languedoc correspond en fait à l’ancienne province française située au Nord-Est de la Méditerranée.

Le vignoble s’y est développé dès l’époque romaine puis au Moyen Âge les moines bénédictins de la région de Saint-Chinian ont pris le contrôle de la production viticole. L’appellation Saint-Chinian est cependant beaucoup plus récente, elle date de 1982, période du virage vers des vins de grande qualité. La grande majorité de la production est en vin rouge, avec un peu de rosé et de blanc. En rouge, on utilise principalement les cépages Syrah, Grenache, Mourvèdre, Carignan et Cinsault. Proche de la ville de Béziers, la zone viticole couvre une vingtaine de villages regroupés autour de celui de Saint-Chinian.

Une légende prétend que les vins de Saint Chinian ont eu une telle réputation de revigorant qu’au XIXe siècle ils ont été servis dans les hôpitaux parisiens. Voici donc trois très bons rouges si vous avez envie de vous soigner…

Commençons par ceux de la Cave de Roquebrun, une cave coopérative située dans le village du même nom. La cuvée les Terrasses de Mayline – anciennement Terrasses de laMouline – est produite spécialement pour l’exportation et ne semble pas disponible en France. C’est un assemblage plutôt réussi de Syrah, Grenache, et Carignan avec un peu de Mourvèdre, un vin aux bonnes saveurs de fruits noirs. D’un très bon rapport qualité-prix, il est disponible dans de nombreuses succursales de la SAQ et sera un bon compagnon pour tous vos plats de bœuf.

Avec les Fiefs d’Aupenac, on passe à une cuvée haut de gamme, un rouge fait principalement de Syrah, complétée de Grenache et Mourvèdre, qui a passé plus d’un an en fût de chêne. Comme le note Patrick Désy, il fait penser à de belles réussites en provenance du Rhône mais avec le côté chaleureux et les notes de garrigues typiques des vins du sud. On peut le boire maintenant ou attendre quelques années et il sera très bon servi avec une viande rouge braisée ou des grillades épicées. Notez que je suis heureux de découvrir enfin plus d’attention médiatique autour de ce vin compte tenu de sa qualité.

Le domaine La Madura est une petite exploitation faite de parcelles dispersées sur les coteaux qui entourent le village de Saint-Chinian. Cyril Bourgne, le vigneron, a fait ses classes dans le bordelais avant de racheter ce domaine où il démontre sa maîtrise de la viticulture. Sa cuvée La Madura Classic est un magnifique rouge qui prouve ce que peut donner un vin fait principalement de Carignan sur un terroir approprié : un vin de caractère avec du fruit, qui allie élégance et complexité, à un prix qui demeure très abordable. Bravo ! Servez-le avec un gigot ou une grillade d’agneau.

Légende ou pas, avec des vins comme ça, on ne peut que se sentir bien !

À votre santé !

Alain P.

Fiches Hippovino avec liens vers critiques, site du producteur, fiche technique et agences :

Cave de Roquebrun Terrasses de Mayline ($ 14.95 $ -- Hipponote 2.5*)
Cave de Roquebrun Les Fiefs d'Aupenac ($$$ 21.80 $ -- Hipponote 3*)
Domaine La Madura Classic ($$$ Hipponote 3.5*)


mardi 22 juillet 2014

#Lesvinsdu20 Dégustation du 21 juillet 2014 – Sauvignon du monde

Le thème de Juillet : Sauvignon blanc du monde

Les dégustateurs

De gauche à droite sur la photo :

@BuduQuebec – Vincent Alary-Paquette
@PresseRaisincom – Alex Dumont
@MHeleneB – Marie-Hélène Boisvert
@Fred_Fortin   – Frédéric Fortin
@Millesime – Ronald Georges

Animateur :

@LesVinsdu20  – Jean Benoit Hinse (@johnbhinse)

Barème de notation (sur 5):
     Pas de 0
     1 - passable
     2 – correct
     3 - bon
     4 - très bon
     5 - exceptionnel
*Une décimale est acceptée.

Les vins dégustés

Sancerre 2012, "La Croix Canat", Tinel-Blondelet, Importation Privée | Agence : Roucet

Note moyenne : 2,6 / 5

Fred Fortin – [Vin no1] qualificatifs: robe pâle et reflets verts, nez retenu, pomme verte, mince, amertume sur la finale

Alex Dumont – [Vin no1] qualificatifs: fleurs blanches, pamplemousse, poire, acidité très présente, longueur appréciable








Pouilly-Fumé 2013, Pascal Jolivet, Code SAQ 10272616 | Agence : @lbv_internat

Note moyenne : 3,3 / 5

Alex Dumont – [Vin no2] qualificatifs: herbes fraîches, fines herbes, agrumes, acidité vive, miel

Vincent Alary – [Vin no2] qualificatifs: Nez: Marijuana, buie, citron. Bouche: ronde et fraîche. Finale minérale.








Mendoza 2013, Septima, Importation Privée | Agence : @SelectFrechette

Note moyenne: 3,2 / 5 

Ronald Georges – [Vin no3] qualificatifs: paille, gras, chaud, épices, complexe

Alex Dumont – [Vin no3] qualificatifs: Jaune paille, fruité un peu moins expressif, minéral, pipi, long en bouche









Cappadocia (Turquie) 2012, "Côtes d'Avanos", Kavaklidere, Importation Privée | Agence : Vinotalia – Daniel Lauzière

Note moyenne : 3,6 / 5

Vincent Alary – [Vin no4] qualificatifs: rhubarbe, cire, agrumes. Riche, impression de sucre résiduel, tendu. Long.

Marie-Hélène Boisvert – [Vin no4] qualificatifs: nez discret de pamplemousse, floral, vif, équilibré








D.O. Utiel-Requena 2012, "Impromptu", Bodegas Hispano Suizas, Importation Privée | Agence : @vins_fins

Note moyenne: 3,7 / 5

Ronald Georges – [Vin no5] qualificatifs: fruits jaunes confits, sel, amertume, oxydation, paille

Marie-Hélène Boisvert – [Vin no5] qualificatifs: couleur pisse matinale concentrée, nez de raisin sec, alcool chaud, vif, original






Merci aux autres participants sur Twitter :

@SelectChristine 
@NadiaFournier
@HippoVino
@MichelBerube
@ACSPquebec
@LeSommelierFou
@ValLali
@Ultralait
@TBatardy
@KabFard
@Kamdevg
@PatrickRoyViva
@RemiAboussouan
@dansmonverre

Rendez-vous le 20 août prochain ! D’ici là, suivez @LesVinsdu20 sur Twitter pour découvrir le thème de la prochaine dégustation.

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dimanche 20 juillet 2014

#Lesvinsdu20 : Invitation pour Juillet, exceptionnellement ce sera lundi 21 – Vive le Sauvignon !

Ce mois-ci, c’est la reprise de la dégustation « Les vins du 20 », comme toujours en direct sur Twitter. Par contre, elle sera tenue cette fois-ci le lundi 21 Juillet à 20 h.

Le thème pour le mois de Juillet : Sauvignon du monde. Ce sera tout en fraîcheur !


Pour ceux qui ne connaissent pas encore la formule, notre billet – En direct sur Twitter: Les vins du 20 ! – vous donne tous les détails et complétez votre découverte en lisant les comptes rendus des mois précédents :

Pour Juillet, l’animateur sera Jean Benoit Hinse, sommelier à Maison Boulud et vice-président de l’ACSP, et le panel de dégustation sera formé de : Frédéric Fortin, chroniqueur vin et directeur des communications à l’ACSP,  la blogueuse Marie-Hélène Boisvert, Vincent Alary du blogue Bu du Québec, Alexandre Dumont, du blogue PresseRaisin.com et l’invité surprise : Ronald Georges du blogue Millésime (Radio-Canada).

Rendez-vous sur Twitter lundi 21 Juillet à 20 h, ne manquez pas cette super-dégustation !

À votre santé !

Alain P.

Les comptes Twitter à suivre :

@lesvinsdu20 – Les vins du 20
@jbhinse – Jean Benoit Hinse
@Fred_Fortin  – Frédéric Fortin
@MHeleneB – Marie-Hélène Boisvert
@buduquebec  – Vincent Alary
@PresseRaisincom   – Alexandre Dumont
@millesime  – Ronald Georges
@HippoVino  – HippoVino

Pour suivre le hashtag #vinsdu20 sur Twitter (vous n'avez pas besoin de compte Twitter pour lire la conversation, mais vous en aurez besoin d'un pour participer) :

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mardi 15 juillet 2014

Québec : Le vin au restaurant expliqué aux Français qui arrivent - Partie 2

La semaine dernière nous avons essayé d’expliquer la vente des vins au détail dans notre Belle Province avec le billet : Le commerce du vin au Québec expliqué auxFrançais qui arrivent - Partie 1. Voyons maintenant comment se passent les choses dans les restaurants.

Là encore, rien n’est simple. Si la bureaucratie française est douée pour compliquer la vie des producteurs, la nôtre est tout aussi alambiquée vis-à-vis des restaurateurs.

Les restaurants « licenciés »

Pour pouvoir vendre du vin à leurs clients, les restaurants du Québec doivent « investir » dans un permis de vente d’alcool. Celui-ci n’est pas seulement couteux, il vient aussi avec son lot de tracasseries administratives. Il existe donc de nombreux restaurants sans permis où vous ne pourrez pas commander apéro, vin ou bière avec votre repas. Dans le jargon local, les établissements qui ont un permis sont appelés restaurants « licenciés ».

Si les endroits sans permis sont surtout ceux spécialisés dans le casse-croûte rapide – oui, j’essaie de contourner l’expression fast-food  – il est néanmoins préférable de vous informer lors de votre réservation. En effet, il existe une autre catégorie de restaurant, totalement inexistante dans les contrées européennes.

Les restaurants « Apportez votre vin »

Pour contourner les difficultés liées au permis d’alcool, certains établissements permettaient à leur clientèle d’amener leurs propres bouteilles. Nos chers fonctionnaires y ont décelé une tentative de détournement de leurs prérogatives et ont interdit cette pratique, sauf pour les restaurants… qui acceptent de payer pour un permis de service de vin.

Les clients de ces restaurants peuvent donc apporter leur propre bouteille et la consommer sur place. Le serveur débouchera votre bouteille et effectuera le service, en général sans frais additionnel.

Certains consommateurs sont séduits par la formule, car ils jugent que les restaurants licenciés vendent les vins à un prix excessif. Notons cependant que les restaurants « Apportez votre vin » facturent leurs plats à un prix plus élevé que les autres, pour compenser l’absence de revenus liés aux ventes d’alcool. De plus, vous devrez faire votre choix de vin avant d’entrer, ce qui rendra plutôt vague la notion d’accord mets-vin.

Précisons aussi que le permis de servir n’est pas valable pour toutes les boissons. Vous pouvez amener vin, bière, ou cooler (en quantité raisonnable, dit la loi) mais pas de scotch ou autre spiritueux.

Les restaurants sans alcool

Rappelons qu’il est impossible de consommer une boisson alcoolisée quelconque dans les restaurants qui n’ont pas de permis de vente ou de service d’alcool.

Les détails qui compliquent les choses

Les permis de vente d’alcool sont spécifiques au contexte de service. La plupart des restaurants ne peuvent vendre de vin – ou toute autre boisson alcoolisée – qu’en accompagnement de nourriture. Il est donc impossible d’y passer seulement pour un apéro, à moins de commander un plat en même temps. Beaucoup de restaurants offrent donc des assiettes de charcuteries, légumes ou fromages destinées à cet usage.

Certains restaurants, notamment ceux qui veulent faire office de bars à vins, disposent de « permis de bar » qui permettent de commander seulement un verre de vin. Quand je disais rien n’est simple : cette possibilité est parfois limitée à une partie de l’établissement, par exemple pour les clients installés au bar et sur la terrasse.

Ne soyez pas choqués si ces restrictions vous sont imposées et il ne sert absolument à rien de vous fâcher avec le serveur ou le propriétaire. Ils ne sont en rien responsables des complexités de la législation et doivent vivre avec. De plus, les contrôles sont très fréquents et les amendes particulièrement salées. Les lois sont donc appliquées avec une rigueur qui pourra vous paraître extrême, mais c’est ainsi.

Pour finir, précisons que les restaurateurs doivent également s’approvisionner via la SAQ, tout comme les particuliers. Plusieurs utilisent le principe des « importations privées » qui fera l’objet d’un billet explicatif dans les prochaines semaines. D'ici là, nous continuerons nos explications pour nos amis français mardi prochain, en explorant les transports de vins par des particuliers.

À votre santé !

Alain P.

P.S. Voici deux articles qui recommandent des restaurants apportez votre vin à Montréal, un dans le magazine Châtelaine et celui écrit par la blogueuse foodie Eve MartelOui, le Quartier général est excellent, mais attention, il faut réserver à l’avance. Et pour une liste complète ou presque de tous ces restaurants : www.apportezvotrevin.com


P.S. bis Merci à Caroline Décoste qui nous a précisé que la loi a été amendée pour permettre d’apporter de la bière dans un restaurant Apportez votre vin. Correction effectuée.

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dimanche 13 juillet 2014

Espagne : aussi des vins blancs

L’Espagne cultive à elle seule environ 15% du vignoble mondial et dispose d’une tradition viticole très ancienne : elle aurait produit du vin depuis l’an 1100 avant Jésus-Christ. Elle est à juste titre réputée pour la qualité de ses vins rouges mais on oublie souvent qu’on y produit également d’excellents vins blancs.

Ce sont d’ailleurs deux cépages blancs qui y sont le plus cultivés, l’Airén et le Viura, aussi appelé Macabeu ou Maccabeo. Cependant, il faut reconnaître que le premier est utilisé pour le Brandy tandis que le second sert à la fabrication des mousseux espagnols, les fameux Cavas, dont nous avions parlé dans ce billet : Un Cava pour maman ! Les Xérès sont d’autres blancs espagnols célèbres, mais aujourd’hui je veux attirer votre attention sur les blancs plus classiques dont plusieurs, fort intéressants, sont disponibles au Québec.

Commençons par le Genoli de la maison Ijalba, un vin bio de la région de la Rioja. Il est produit avec un seul cépage, le Viura. Même s’il a subi plusieurs augmentations à la SAQ, il est encore vendu à un prix abordable. Ses qualités ont été saluées par à peu près tous les critiques, dont notamment Jacques Benoit, Marc André Gagnon et Yves Mailloux. Tous notent sa fraîcheur et ses saveurs d’agrumes, qui en font un compagnon parfait pour les apéros d’été ou les poissons grillés.

L’Oro de Castilla est un blanc de l’appellation Rueda, dans la région de Castille et Léon. Il est produit avec le cépage Verdejo qui est typique de la région. Celui-ci était autrefois vinifié sous forme de vin oxydé, un peu à la manière des Xérès, mais les vignerons visent désormais la fraîcheur. Il en résulte un style souvent comparé au Sauvignon blanc. L’Oro de Castilla est un beau vin blanc frais aux délicates saveurs d’agrumes et de pomme verte. Il accompagne bien les plats de poulet ou de poisson en sauce légèrement épicée. Pour une fiche de dégustation plus complète, je vous recommande celle de David Pelletier.

Terminons, avec le Barranc Dels Closos de la maison Mas Igneus. C’est un des rares vins blancs produits dans la région du Priorat, en Catalogne, mais quel vin blanc ! C’est un assemblage de 4 cépages, 50% de Viura, 30% de Grenache blanc, 15% de Pedro Ximenez et 5% de Muscat.
J’ai le même enthousiasme qu’Alain Lebel des Fidèles de Bacchus pour ce que je n’hésite pas à qualifier d’authentique grand vin, vendu à un prix étonnamment raisonnable compte-tenu de sa qualité : très long en bouche, avec des saveurs fruitées tout en délicatesse et un côté presque onctueux même si ça demeure un vin bien sec. Il sera très bon servi sur des poissons ou fruits de mer avec une sauce à la crème.

À votre santé !

Alain P.

Liens

Fiche du Ijalba Genoli sur Hippovino (Hipponote 3* Prix SAQ 14.75 $) avec critiques de Patrick AyotteJacques BenoitMarc André Gagnon, Claude Langlois et Yves Mailloux.

Fiche du Oro De Castilla Solo Verdejo sur Hippovino (Hipponote 3.5* Prix SAQ 16.10 $) avec critiques de Jacques Benoit et David Pelletier.

Fiche du Mas Igneus Barranc Del Closos sur Hippovino (Hipponote 4* Prix SAQ 23.50 $) avec critique de Jean Aubry.


[Dernière mise à jour des liens et prix le 7-08-2015]

mardi 8 juillet 2014

Le commerce du vin au Québec expliqué aux Français qui arrivent - Partie 1

[Mise à jour : 27-02-2017] Les Français, comme beaucoup d’européens qui découvrent le Québec, sont souvent un peu désorientés vis-à-vis du commerce de vin ici. En France, la vie est simple, tout commerce ou presque peut vendre du vin et il n’y a pas de taxe pour les consommateurs (les producteurs vous diront qu’ils ont déjà payé leur lot de cotisations diverses mais c’est une autre histoire).

Au Québec par contre, la vente des vins et spiritueux est un monopole d’état et la facture est plus lourde, notamment parce que 4 taxes doivent être ajoutées avant que vous ne puissiez vous rafraîchir le gosier. Comme toute activité hautement réglementée, rien n’est simple dans le commerce du vin dans la Belle Province. Essayons d’y voir un peu plus clair.

La vente au détail – les épiceries

En France, la grande majorité des vins sont vendus aux particuliers dans les supermarchés, hypermarchés ou tout autre format d’épicerie. Au Québec on trouve également quelques vins dans les épiceries ou dépanneurs, mais ils sont déroutants pour les européens qui n’y retrouvent aucune bouteille un tant soit peu familière.  

C’est que les épiceries ne peuvent commercialiser que des vins embouteillés ici, dont les étiquettes ne peuvent mentionner ni producteurs ou appellations d’origine (sauf pour quelques exceptions faisant l’objet d’appels d’offres spécifiques). Il s’agit donc de vin importé en vrac, embouteillé ici, vendu sous une marque sans signification et doté d’une étiquette essayant d’évoquer un vin connu sans transgresser les règles. Précisons que ces importations passent néanmoins par notre monopole d’état qui ajoute sa majoration de prix dans le processus.


Pour une raison mystérieuse liée à une législation datant de 1978, les vins produits au Québec (et donc forcément embouteillés ici), ne peuvent être vendus dans les épiceries. Par contre, les épiceries vendent les bières canadiennes, québécoises et même certaines bières importées.

La vente au détail – la SAQ

La Société des Alcools du Québec (SAQ) est la société d’état qui détient le monopole de l’importation et du commerce des boissons alcooliques. Elle a un actionnaire unique, le ministère des Finances du Québec. La SAQ dispose d’un réseau d’environ 400 succursales réparties dans tout le Québec et opérant sous différentes bannières. 268 sont des SAQ « classiques » (les magasins de base), 92 sont des SAQ Sélection (avec davantage de vins haut de gamme). Il y a aussi 29 SAQ Express (petits magasins ouverts tous les soirs jusqu’à 22h) et 10 SAQ Dépôt (magasin de type entrepôt avec un choix plus restreint mais offrant un rabais pour des achats de plus de 6 ou 12 bouteilles). Ajoutons qu’il existe 2 SAQ Signature pour les vins et alcools de très haut de gamme. La SAQ vend également du vin en ligne (seulement au Québec) via son site Web www.saq.com.

Dans les SAQ vous pourrez trouver un choix intéressant parmi plus de 8500 références importées dont plus de 6000 vins rouges, 2200 blancs et 167 rosés. Près de la moitié sont des vins français, mais il existe un bon choix en provenance d’Italie (1400), des États-Unis (780), d’Espagne (650), sans oublier l’Australie, l’Argentine, le Portugal, etc. (36 pays au total).

Bien entendu, chaque magasin contient seulement une partie de tous ces vins, mais si vous allez dans une SAQ Sélection, vous serez probablement impressionnés par l’offre. Celle-ci comporte des vins de grands producteurs ou négociants vendus en France en grande distribution, ainsi que des vins de plus petits producteurs disponibles chez les cavistes de l’hexagone.

La grande différence avec la France est dans le prix. Il n’existe pas de vin à moins de 6 $ et seulement 117 choix – en date du 27 févirer 2017  – pour une bouteille de vin de 750 ml à moins de 10 $. Pour avoir un choix sérieux, vous devrez débourser entre 15 $ et 30 $. Selon l’analyse faite par Marc André Gagnon du site VinQuébec à partir du rapport annuel de la SAQ, un vin vendu 16.20 $ a été acheté 5.44 $ (incluant le prix payé au producteur et les frais de transport) et fait l’objet de 3.42 $ de taxes diverses. La différence de 7.44 $ représente les frais d’opération de la SAQ (distribution, magasins, personnel, marketing) plus le dividende versé au Gouvernement du Québec (1 milliard de $ l’an dernier).

Le site web www.saq.com vous permet de consulter l’ensemble des choix offerts – les chiffres cités plus hauts  y ont d’ailleurs été obtenus – et dispose de fonctions pour consulter les stocks ou pour voir quels vins sont disponibles dans une succursale donnée. Pour faire les meilleurs choix, consultez le site HippoVino, notre blogue ou les médias vins québécois. Sur le site HippoVino, chaque fiche de vin contient des liens vers les critiques, vers le site du producteur et vers le site saq.com. 

Vous pouvez aussi vous abonner à HippoVino Hebdo pour recevoir trois suggestions de vin chaque mercredi, c'est gratuit, alors abonnez-vous maintenant !

La semaine prochaine nous approfondirons le même sujet en analysant la vente de vin dans les restaurants du Québec.

À votre santé !

Alain P.



Trop chers, les vins d’épicerie? (Jean Aubry – Le Devoir)

Vin: la majoration de la SAQ est de 135 % (Marc André Gagnon – Vin Québec)






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mardi 1 juillet 2014

Canada, pays de vin de glace

Aujourd’hui 1er Juillet, c’est la Fête du Canada et c’est donc un bon moment pour parler du vin le plus spécifique à notre climat, le vin de glace. Certes, il ne s’agit pas d’une exclusivité puisqu’on en produit également en Allemagne et en Autriche, où il a même été inventé il y a plus de 200 ans. Le vin de glace est néanmoins emblématique du Canada et représente 45 % des revenus d’exportation de vin canadien. L’Ontario exporte plus de 85 % du vin de glace canadien, la Colombie-Britannique suit avec 8,5 %, le Québec étant troisième à 4,5 %.

Le vin de glace est produit à partir de raisins gelés, idéalement cueillis à une température d’environ -8° Celsius. La réglementation canadienne oblige qu’il soit fabriqué exclusivement à partir de raisins gelés naturellement sur la vigne. Il y a cependant différentes façons d’y arriver, les vignerons québécois devant utiliser des filets pour suspendre les grains en raison des accumulations de neige. Après de longues discussions, la réglementation canadienne tiendra compte de la spécificité du Québec et un projet « IGP — Vin de glace du Québec » est en cours d’élaboration.

Précisons que le vin de glace est presque toujours un vin blanc. Au Canada, c’est le cépage Vidal, un cépage hybride bien adapté au climat froid, qui est le plus couramment utilisé.

La combinaison d’une très longue maturation et l’impact du gel sur les grains conduisent à un vin plus sucré aux saveurs fruitées très marquées. C’est donc un excellent vin de dessert, mais on peut également le servir frais à l’apéritif ou pour accompagner du foie gras. En fait, tous les accords mets-vins qui fonctionnent avec les Bordeaux liquoreux vont convenir aux vins de glace.

Mon favori dans les vins de glace est celui du vignoble le Marathonien à Havelock. J’ai eu l’occasion de le déguster en même temps qu’un grand cru classé de Sauternes et, à ma grande surprise, il s’est montré d’un niveau comparable. François Chartier l’a d’ailleurs qualifié d'un des grands vins de glace du Canada et Alain Lebel y voit du panache en bouteille!

Bonne dégustation !

Alain P.

Liens